Introduction

LE NOUVEAU TESTAMENT#

De nostre Seigneur et seul Sauveur Jesus Christ.

Translate de Grec en Fancoys.

En Dieu tout.

Matth. XVII.

Cestuy est mon filz bien ayme; auquel ay pris mon bon plaisir; escoutez le.

¶A tous amateurs de Jesus Christ & de son Evangile; Salut.#

Dieu le createur tresparfaict & excellent ouvrier de toutes choses, encore par dessus ses austres creatures, esquelles il se estoit desja monstre plus que admirable, avoit faict lhomme comme ung chef doeuvre : auquel on peust contempler une singuliere excellence. Car il lavoit forme a son image & semblance, tellement que la lumiere de sa gloire reluysoit clairement en luy. Or ce qui le pouvoit faire consister en cest estat ou il avoit este constitue : cestoit que en humilite il se abaissast tousjours devant la majeste de Dieu, la magnifiant avec action de graces : & que en soy il ne cerchast pas sa gloire : mais voyant que tout estoit yssu den hault, il regardast aussi tousjours en hault pour en glorifier ung seul Dieu, auquel la louenge en appartenoit. Mais le malheureux voulant estre quelque chose en soymesme, incontinent commencea a oublier & mescongnoistre dont le vien luy venoit : & par oultrageuse ingratitude entreprit de se eslever & enorgueilloir contre son facteur & aucteur de toutes ses graces. A ceste cause il tresbucha en ruyne, il perdit toute la dignite & excellence de sa premiere creation, il feut despouille & desnue de toute sa gloire, il feut aliene des dons qui avoient este mis en luy : pour le confondre en son orgueil, & luy faire aprendre ce quil navoit voulu entendre de bon vouloir. Cest ascavoir quil nestoit que vanite : & navoit jamais este autre chose, sinon dautant que le seigneur de vertu luy avoit assiste. Adonc Dieu commencea aussi a lavoir en haine : & (ainsi que bien il meritoit) le desadvouer pour son oeuvre. Veu que son image & semblance en estoit effacee, & les graces de sa bonte en estoient hors. Et comme il lavoit mys & ordonne pour se delecter & complaire en luy, comme ung pere en son trescher enfant : au contraire il leut en mespris & abomination, tellement que tout ce qui luy plaisoit paravant, luy a despleu : ce qui le souloit delecter, la irrite : ce quil souloit contempler de bening & paternel regard, il sest pris a le detester & veoir a regret. Bref lhomme tout entier avec ses appartenances, ses faictz, ses pensees, ses parolles, sa vie, ont totallement despleu a Dieu; comme sil eust este son ennemy special & adversaire; Jusques a dire quil se repentoit de lavoir faict. Apres avoir este dejecte en telle confusion, il a este fecond en sa mauldicte semence; pour engendrer generation semblable a luy; cest a dire vitieuse, perverse, corrompue, vuyde & desproueue de tout bien, riche & abondante en mal. Touteffois le seigneur de misericorde (qui ne ayme pas seulement : mais luy mesme est amour & charite) voulant encore par sa bonte infinie aymer ce qui nest digne daymer; na pas du tout dissipe, perdu; & abysme les homes, come leur inequite le requeroit : mais les a soubstenu & supporte en doulceur & patience; leur donnant terme & loysir de se retourner a luy; & se radresser en lobeissance, de laquelle ilz sestoient destournez. Et combien quil dissimulast & se teust (come sil se eut voulu cacher deulx) les laissant aller apres les desirs & souhaictz de leur concupiscence, sans loix, sans regime, sans correction quelconque de sa parolle : neantmoins il leur a baille assez dadvertissemens qui les devoient inciter a le cercher, taster, & trouver pour le congnoistre, & honnorer comme il appar tenoit. Car il a esleve par tout, en tous lieux, & en toutes choses, ses enseignes & armoiries, voire soubz blasons de si claire intellgence, quil ny avoit celuy qui peult pretendre ignorance de ne congnoistre ung si souverain seigneur : qui avoit si amplement exalte sa magnificence. Cest quand en toutes les parties du monde, au ciel, & en la terre, il a escrit & quasi engrave la gloire de sa puissance, bonte, sapience, & eternite. Sainct Paul donc a dit bien vray; que le seigneur ne se estoit jamais laisse sans tesmoingnage : mesme envers ceulx ausquelz il na envoye aucune congnoissance de sa parolle. Veu que toutes les creatures despuis le firmament jusque au centre de la terre, pouvoient estre tesmoings & messagiers de sa gloire a tous hommes : pour les attirer a le cercher, & apres lavoir trouve, luy faire recueil & honmaige, selon la dignite dung seigneur si bon, si puissant, si sage, & eternel, & mesmes aydoient chascune en son endroict a ceste queste. Car les oyseletz chantans chantoient Dieu, les bestes le reclamoient, les elemens le redoubtoient, les montaignes le resonnoient, les fleuves & fontaines luy jettoient oeillades, les herbes & fleurs luy rioyent. Combien que veritablement il ne feust pas mestier de le cercher fort loing : veu que chascun le pouoit trouver en soymesme, en tant que nous sommes tous sustentez & conservez de sa vertu habitante en nous. Ce pendant encore pour plus amplement manifester sa bonte & clemence infinie entre les hommes, il na pas este content de les instruire tous par telz enseignemens que avons declarre : mais il a specialement faict entendre sa voix a ung certain peuple : lequel de son bon vouloir & liberale grace il a esleu & choisy entre toutes les nations de la terre. Ce sont les enfans de Israel; ausquelz par sa parolle il a clairement monstre quel il estoit : & par ses oeuvres merveilleuses il a declaire ce quil scavoit faire. Car il les a retirez de la subiection de Pharaoh Roy de Egypte (soubz laquelle ilz estoient detenuz & opprimez) pour les affranchir & mettre en liberte. Il les a acompaigne nuict & jour en leur fuite, estant comme fuitifz au millieu deulx. Il les a nourry au desert. Il les a faict possesseurs du territoire promis, il leur a donne victoires & triumphes entre leurs mains. Et comme sil neust rien este aux autres nations; il a voulu estre expressement nonme Dieu Disrael : & iceluy estre intitule son peuple. Soubz telle convenance que telz ne recongnoistroient jamais dautre seigneur, & ne recevroient autre Dieu. Et telle alliance a este confirmee & passee soubz instrumens autentiques, du testament & tesmoingnage qui leur a baille. Neantmoins les hommes sentans tous leur mauldicte rassez & se monstrans vrays heritiers de liniquite de leur pere Adam, pour telles manieres de remonstrances ne se sont point esmeuz : & nont escoutte la doctrine, par laquelle Dieu les advertissoit. Les creatures esquelles estoit escrite la gloire & magnificence de Dieu, nont rien profite aux gentilz, pour leur faire glorifier celuy duquel elles testifioient. La loy & les propheties nont pas eu autorite envers les Juifz, pour les conduire en la droicte voye. Tous ont este aveugles a la lumiere, sourdz aux admonitions, endurcys aux commandemens. Il est bien vray que les gentilz estonnez & convaincuz de tant de biens & benefices quilz veoyent a loeil ont este contreinctz de congnoistre le secret bienfaicteurz dont tant de bonte provenoit. Mais au lieu de donner la gloire au vray Dieu qui luy estoit deue : ilz se sont forge ung Dieu a leur plaisir, & selon que leur folle phantasie en sa vanite & mensonge lavoit songe. Et non seulement ung : mais autant que leur temeraire oultrecuydance en a peu feindre & fondre; en telle sorte quil ny avoit peuple ne region qui ne se feist nouveaulx dieux, come bon leur sembloit. De la a pris son regne idolatrie la traistre marquerelle; qui a faict destourner les hommes de Dieu, & amuser a ung tas de simulachres : ausquelz eulx mesmes avoient donne forme, nom, & estre. Touchant des Juifz, combien quilz ayent receu & accepte les messages & mandemens que le seigneur leur envoyoit par ses serviteurs : touteffois incontinent luy ont faulse la foy, legierement se sont destournez de luy, ont viole & mesprise sa loy, laquelle ilz ont eu en hayne, & ont chemine en icelle a regret, ilz se sont estrangez de sa maison, & ont couru dissolument apres les autres dieux, idolatrant a la maniere gentile contre sa volunte. Parquoy pour approcher les hommes de Dieu tant Juifz que gentilz, il estoit mestier que une nouvelle alliance feust faicte, certaine, asseuree, & inviolable. Et pour icelle establir & confirmer, estoit besoing dung mediateur, qui intercedast & se interposast entre les deux parties pour les accorder; sans lequel lhomme demeuroit tousjours en lire & indignation de Dieu : & navoit aucun moyen de se relever de la malediction, misere, & confusion, en laquelle il estoit tresbuche. Cestoit nostre seigneur & sauveur Jesus Christ vray & seul eternel filz de Dieu : lequel devoit estre envoye & donne aux hommes de par le pere, pour estre instaurateur du monde; autrement dissipe, destruict, & desole; auquel depuis le commencement du monde a tousjours este lesperance de recouvrer la perte faicte en Adam. Car mesme a Adam incontinent apres sa ruyne, pour le consoler & reconforter fut donne la promesse; que par la semence de la femme seroit brisee la teste du serpent. Qui estoit a dire que par Jesus Christ nay dune vierge, la puissancen de Satan seroit abatue & rompue. Depuis icelle promesse fuz plus amplement renouvellee a Abraham; quand Dieu luy dit, que par sa semence toutes les nations de la terre seroient beneistes. Cestoit que de sa semence sortiroit Jesus Christ selon la chair, par la benediction duquel, tous hommes (de quelque region quilz fussent) seroient sanctifiez. Et derechef fut continuee a Izahak en mesme forme & mesmes parolles. Et apres souventeffois denoncee, repetee, & confirmee par le tesmoingnage de divers prophetes; jusque a demonstrer pleinement pour plus grande fiance, de qui il devoit naistre, en quel temps, en quel lieu, quelles afflictions & mort il devoit souffrir, la gloire en laquelle il devoit resusciter, quel seroit son regne, a quel salut il conduyroit les siens. Premierement nous a este predict en Isaiah, comment il devoit naistre dune vierge, disant : Voicy; la vierge sera enceincte, & enfantera ung filz, & appelleras le nom diceluy Emmanuel. En Moseh nous est descrit le temps, quand le bon Jakob disoit : Le sieptre ne sera point oste de la lignee de Jehudah; ne le conducteur de son exercite jusque a ce que celuy vienne qui doibt estre envoye. Et iceluy sera lattente des gentz. Ce qui a este verifie au temps que Jesus Christ est venu au monde. Car les Romaius apres avoir desvestu les Juifz de tout gouvernement & conduicte, avoient environ trente sept ans au paravant ordonne Herode roy sus eulx : lequel estoit estranger ayant son pere Antipater Idumien, & sa mere Darabic. Il estoit quelque fois advenu que les Roys estoient faillis aux Juifz : mais jamais navoient este veuz sans conseilliers, gouverneurs, & legislateurs come adonc. Et une autre description en est faicte en Daniel, par la supputation des septantes sepmaies. Le lieu de sa naissance nous a este clairement monstre par Micheah; disant : Et toy Bethlehem Ephrata, tu es la plus petite entre les mille de Jehudah. de toy me sortira celuy qui sera domimateur en Israel : & son yssue est des le commencement des jours deternite. Quant aux afflictions quil avoit a porter pour nostre delivrance, & la mort quil avoit a souffrir pour nostre redemption Isaiah & Zachariah en ont amplement & certainement parle. La gloire de sa resurrection, & la qualite de son regne; & la grace de salut quil devoit apporter a son peuple, ont este richement traictees par Isaiah, Jeremiah, & Zachariah. En telles promesses annoncees & testifiees par ces sainctz personnages remplis de lesperit de Dieu, se sont reposez & cosolez les enfans & esleuz de Dieu. Et y ont nourry, soubstenu, & entretenu leur esperance, attendans que le vouloir du Seigneur feust de exhiber ce quil leur promettoit. Entre lesquelz plusieurs Roys & Prophetes ont grandement desire den veoir laccomplissement. Combien toutesfois que ce pendant ilz ne laissassent pas de comprendre en leurs coeurs & esperitz par foyz ce quilz ne pouoient veoir a loeil. Et affin encore de les plus confermer en toutes manieres en la longue attente de ce grand Messiah, Dieu leur a baille sa loy escrite : en laquelle estoient comprinses plusieurs ceremonies, purifications, & sacrifices, lesquelles choses nestoient que figures & umbres des grans biens a venir par Christ; lequel seul estoit le corps & verite dicelles. Car la loy ne pouvoit mener aucun a perfection : ains seulement demonstroit, & come ung pedagogue, adressoit & conduisoit a Christ : lequel en estoit (comme dict sanct Paul) la fin & accomplissement. Semblablement par plusieurs fois & en diverses saisons il leur a envoye aucuns Roys, Princes, & Capitaines pour les delivrer de la puissance de leurs ennemys, les gouverner en bonne paix; leur recouvrer leurs pertes, faire flourir leur regne, & en grandes promesses les faire renonmer entre tous autres peuples pour leur donner quelque goust des grandes merveilles quilz recevroient de ce grand Messiah, auquel seroit desployee toute la vertu & puissance du royaume de Dieu. Mais quand la plenitude du temps est venue, & le terme preordonne de Dieu est escheut : ce grand Messiah tant promis & tant attendu est venuz& a parfaict & accomply tout ce qui estoit necessaire pour nostre redemption & salut. Et a este donne non seulement aux Israelites : mais a tous hommes, de toutes gens, & regions. Affin que la nature humaine fust par luy reconciliee a Dieu. Ainsi quil est pleinement contenu, & appertement demonstre au livre qui sensuyt. Lequel avons translate le plus fidelement quil nous a este possible selon la verite & propriete de la langue Grecque : a ce que tous Chrestiens & Chrestiennes qui entendent la langne Fancoyse, puissent entendre & recongnoistre la loy quilz doivent tenir, & la foy quilz doivent ensuyvre. Et se nomme ledict livre Nouveau Testament au regard du Vieil : lequel entant quil se devoit reduyre & rapporter a cestuy cy, estoit en soymesme infirme & imparfaict; & pourtant a este aboly & abrogue. Mais cestuy cy est le Nouveau & eternel, qui ne envieillira & ne fauldra jamais, puis qui Jesus Christ en a este le Mediateur : qui la ratifie & conferme par sa mort, en laquelle il a accomply pleniere & entiere remission de toutes prevarications, qui demouroient soubz le premier Testament. Lescripture aussi lappelle Evangile, cest a dire Bonne nouvelle & joyeuse : pourtant que en iceluy est declaire que Christ seul naturel & eternel filz de Dieu vivant, a este faict homme, pour nous faire enfans de Dieu son pere, par adoption. Et ainsi nous est seul Sauveur; auquel entierement gist nostre redemption, paix, justice, sanctification, salut & vie : qui est mort pour noz pechez, resuscite pour nostre justification, qui est monte au ciel pour nous y faire entree, prendre possession pour nous & en nostre nom. Et pour tousjours assister devant son pere comme nostre advocat & sacrificateur perpetuel : qui sied a sa dextre comme Royz constitue Seigneur & Maistre sus tout : affin de reparer toutes choses au ciel & en la terre. Ce que tous les Anges, Patriarches, Prophetes, Apostre, neussent jamais peu ne sceu faire. Car a cela nestoient ordonnez de Dieu. Et comme le Messiah avoit tant de foys este promis au Vieil Testament, par plusieurs tesmoingnages des Prophetes : Aussi Jesus Christ a este par certains & indubitables tesmoingnages declaire estre celuy sans autre, qui estoit a venir; et qui estoit attendu. Car le Seigneur Dieu par sa voix et son esperit, par ses Anges, Prophetes, et Apostres : voire par toutes ses creatures, nous en a rendu si suffisamment certains : que nul ny pourroit contredire, sans resister & se rebeller contre sa puissance. Premierement Dieu eternel par sa voix mesme (qui est sans quelque doubte verite irrevocable) nous en a testifie; disant : Voicy mon filz bien ayme auquel jay pris mon bon plaisir; escoutez le. Le sainct esperit nous en est grand tesmoing en noz coeurs; comme dit sainct Jehan. Lange Gabriel envoye a la vierge Marie luy a dict : Voicy; tu concevras en ton ventre, & enfanteras ung filz, & appelleras son nom Jesus. Car iceluy sera grand, & sappellera filz du treshault. Et le Seigneur Dieu luy donnera le siege de David son pere, & regnera en la maison de Jakob eternellement : & ny aura nulle fin en son royaume. Ce mesme message en substance fut faict a Joseph. Apres aussi aux pasteurs, ausquelz il fut dict que le Sauveur estoit nay, qui estoit Christ le Seigneur. Et non seulement fut apporte par ung ange ce message : mais approuve par grande multitude des Anges; qui tous ensemble rendirent gloire au Seigneur, & annoncerent paix en terre. Simeon le juste en esperit propheticque la haultement confesse. Car tenant entre ses bras le petit enfant, a dict : Maintenant Seigneur tu laisse ton serviteur en paix selon ta parolle. Car mes yeulx ont veu ton salutaire : lequel tu as prepare devant la face de tous peuples. Jehan baptiste en a parle aussi comme il appartenoit; Quand le voyant venir au fleuve Jordan il dict : Voicy laigneau de Dieu; voicy celuy qui oste les pechez du monde. Pierre & tous les apostres ont confesse, tesmoingne, presche, toutes choses appartenantes a salut, & predictes par les prophetes estre faictes en Christ vray filz de Dieu. Et ceulx que le Seigneur avoit ordonne pour estre tesmoings jusque a nostre eage, lont par leurs escritz amplement demonstre; comme les lecteurs le pourront assez appercevoir. Tous ces tesmoingnages conviennent si bien en ung, & accordent tellement ensemble : que par tel accord il est facile a congnoistre que cest trescertaine verite. Car en mensonge ny pourroit avoir ung tel consentement. Toutesfois non seulement le pere, le filz, le sainct esperit, les anges, les prophetes, & apostres rendent tesmoingnage de Jesus Christ : mais encore ses oeuvres merveilleuses demonstrent sa vertu tresexcellente. Malades, boiteux, aveugles, sourd, muetz, paralyticques, ladres, lunatiques, demoniacques, voire les mortz par luy resusatez en ont porte les enseignes. En sa vertu il sest suscite, en son nom il a remis les pechez. Et pourtant il ne disoit sans cause que les oeuvres que son pere luy avoit donne a faire, luy estoient assez bons tesmoings. En oultre les mauvais mesmes & enemys de sa gloire ont este contreinctz par la force de verite den confesser & recongnoistre quelque chose : comme Cayphe, Pilate, & sa femme. Je ne vueil amener les tesmoingnages des diables & esperitz immundes : veu que Jesus Christ les a rejecte. En somme tous les elementz & toutes les creatures ont donne gloire a Jesus Christ. A son commandement les ventz ont cesse, la mer esmeue sest appaisee, le poisson en son ventre a apporte le didrachme, les pierres (pour luy rendre tesmoingnage) se sont brisees, le voile du temple sest fendu par le millieu, le soleil sest obscurcy, les monumentz se sont ouvertz, & plusieurs corps resufcitez. Et ny a rien eu ne au ciel, ne en la terre, qui nayt testifie Jesus Christ estre son Dieu, Seigneur, & Maistre : & le grand Ambassadeur du pere envoye ca bas pour faire le salut des humains. Toutes ces choses nous sont annoncces, demonstrees, escrites, & signees en ce Testament : par lequel Jesus Christ nous faict ses heritiers au royaume de Dieu son pere, & nous declaire son vouloir (comme ung testateur a ses heritiers) pour estre mys en execution. Or nous sommes tous appellez a cest heritage sans acception de personnes, masle ou femelle, petit ou grand, serviteur ou seigneur, maistre ou disciple, clerc ou laicz, Ebrieu ou Grec, Francoys ou Latin, nul nen nest rejecte quiconque par certaine fiance recevra ce que luy est envoye, embrassera ce qui luy est presente, bref qui recongnoistra Jesus Christ, pour tel quil est donne du pere. Et pourtant tous & toutes qui portons le nom de Chrestiens & Chrestiennes, nous laisserons nous ravir, cacher, & corrompre ce Testament ? lequel si justement nous appartient; sans lequel ne pouons pretendre aucun droict au royaume de Dieu; sans lequel nous ignorons les grandz biens & promesses que Jesus Christ nous a faictes; la gloire & la beatitude quil nous a preparee ? Nous ne scavons ce que Dieu nous a commande ou defendu, nous ne pouons discerner le bien davec le mal, la clairte des tenebres, les commandemens de Dieu des constitutions des hommes. Sans Levangile tous sommes inutiles & vains, sans Levangile nous ne sommes Chrestiens, sans Levangile toute richesse est paovrete, sagesse est folye devant Dieu, force est foiblesses toute justice humaine est dannee de Dieu. Mais par la congnoissance de Levangile nous sommes faictz enfans de Dieu, freres de Jesus Christ, combourgeoys des sainctz, citoyens du royaume des cieulx, heritiers de Dieu auec Jesus Christ, par lequel les paovres sont faictz riches, les foibles puissans, les folz sages, les pecheurs justifiez, les desolez consolez, les doubteux certains, les serfz affranchis. Levangile est parolle de vie & verite. Cest la puissance de Dieu au salut de tous croyans. Et la clef de la science de Dieu : qui ouvre la porte du royaume des cieulx aux fideles, les desliant de pechez : & la ferme aux incredules, les lyant en leurs pechez. Bienheureux sont tous ceulx qui loyent & la gardent. Car par cela ilz monstrent quilz sont enfans de Dieu. Malheureux sont ceulx qui ne la veulent ne ouyr ne ensuyvre : car ilz sont enfans du diable. O Chrestiens & Chrestiennes entendez icy & apprenez : car certes lignorant avec son ignorance perira : & laveugle suyvant lautre aveugle tombera avec luy en la fosse. Il ny a que une voye a vie & salut, cest la foy & certitude des promesses de Dieu, qui ne se peult avoir sans Leuangile : par louye & intelligence duquel la vive foy est baillee, avec certaine esperance, et perfaicte charite en Dieu, & amour ardente envers son prochain. Ou est donc vostre esperance si vous contennez & desdaignez de ouyr, veoir, lire, & retenir ce sainct Evangile ? Ceulx qui ont leurs affections fichees en ce monde pourchassent par tous moyens ce quilz pensent appartenir a leur felicite, sans espargner ne labeur, ne corps, ne vie, ne renomee. Et toutes ces choses se font pour servir a ce malheureux corps : duquel la vie est si vaine, miserable, & incertaine. Quand il est question de la vie immortelle & incorruptible, de la beatitude eternelle & inestimable, de tous les thresors de paradis, ne nous efforcerons nous point de les poursuyvre ? Ceulx qui se adonnent aux ars mechanicques (quelques basses ou viles quelles soient) mettent si grand peine & travail a les apprendre & scavoir, & ceulx qui veulent estre reputez les plus vertueux se tormentent lesperit nuict & jour pour comprendre quelque chose aux sciences humaines, qui ne sont que vent & fumee. Combien au pris nous devons nous employer & efforcer en lestude de ceste sapience celeste ? qui oultrepasse tout le monde, & penestre jusque aux mysteres de Dieu ? Lesquelz il luy a pleu reveler par sa saincte parolle. Quelle chose donc sera ce qui nous pourra estranger & aliener de ce sainct Evangile ? Seront ce injures, maledictions, opprobres, privations des honneurs mondains ? Mais nous scavons bien que Jesus Christ a passe par tel chemin, lequel nous devons suyvre si voulons estre ses disciples, & nest pas a refuser destre contemne, mocque, abaisse, rejecte devant les hommes : pour estre honnore, prise, glorifie, & exalte au jugement de Dieu. Seront ce bannissemens, proscriptions, Privations de biens & richesses ? Mais nous scavons bien que quand nous serons bannys dung pays, la terre est au Seigneur. Et quand nous serons jectez de toute la terre, que nous ne serons pas toutesfois hors de son regne. Que quand nous serons despouillez & apaovris, que nous avons ung pere assez riche pour nous nourrir; & mesme que Jesus Christ sest faict paovre : affin que le suyvions en paovrete. Seront ce afflictions, prisons, tortures, tormentz ? Mais nous congnoissons par lexemple de Jesus Christ que cest le chemin pour parvenir en gloire. Sera ce finalement la mort ? Mais elle ne nous oste pas la vie qui est a souhaicter. Bref si nous avons Jesus Christ avec nous : nous ne trouverons chose si mauldicte, qui ne soit beneicte par luy : chose si execrable, qui ne soit sanctifiee : chose si mauvaise, qui ne nous tourne en bien. Ne nous desconfortons quand nous verrons toutes les puissances & forces mondaines au contraire. Car la promesse ne nous peult faillir; que le Seigneur denhault se mocquera de toutes les assemblees & effortz des hommes, qui vouldront conjurer contre luy. Ne soyons desolez (comme si toute esperance estoit perdue) quand nous verrons mourir & perir devant noz yeulx les vrays serviteurs de Dieu. Car il a este veritablement dict par Tertullian, & a tousjours ainsi este esprouve & sera jusque a la consommation du siecle, que le sang des martyrs, est la semence de Leglise. Et encore avons nous une meilleure & plus ferme consolation : cest de destourner noz yeulx de tout ce monde, & delaisser tout ce que pouvons veoir devant nous, en attendant en patience le grand jugement de Dieu : par lequel en ung moment sera abastu, aneanty, & renverse, tout ce que les hommes auront jamais machine contre luy. Ce sera quand le regne de Dieu que nous voyons maintenant en esperance, sera manifeste. Et que Jesus Christ apparoistra en sa majeste avec les anges. Alors fauldra que bons & mauvais soient presentz devant le siege judicial de ce grand Roy. Ceulx qui seront demourez fermes en ce Testament, & auront suyvi & garde la volunte de ce bon pere, ilz seront a la dextre come vrays enfans, & recevront benediction, la fin de leur foy : qui sera le salut eternel. Et dautant quilz nauront point eu honte de advouer & confesser Jesus Christ, du temps quil estoit mesprise & contenne devant les hommes : Aussi ilz seront participans de sa gloire, couronnez avec luy eternellement. Mais les pervers, rebelles & reprouvez qui auront contenne, & rejecte ce sainct Evangile, & pareillement ceulx qui pour entretenir leurs honneurs, richesses, & haultz estatz, ne se seront voulu humilier & abaisser avec Jesus Christ : et pour la crainte des hommes auront delaisse la crainte de Dieu, comme bastardz & desobeissans a ce pere, seront a la senestre. Seront jectez en malediction, & pour salaire de leur infidelite recevront la mort eternelle. Or puys que vous avez entendu que Levangile vous presente Jesus Christ auquel toutes les promesses & graces de Dieu sont accomplies, & vous declaire quil a este envoye du pere, est descendu en terre, a converse avec les hommes, a parfaict tout ce qui estoit de nostre salut, comme il avoit este predict en la loy & aux prophetes : Il vous doibt estre trescertain & manifeste que les thresors de paradis vous y sont ouvertz, & les richesses de Dieu desployees, & la vie eternelle revelee. Car ceste est la vie eternelle, congnoistre ung seul vray Dieu : & celuy quil a envoye Jesus Christ; Auquel il a constitue le commencement, le moyen, & la fin de nostre salut. Cestuy est Izahak le filz bien ayme du pere qui a este offert en sacrifice, & toutesfois na point succumbe a la puissance de la mort. Cest le vigilant pasteur Jabob, ayant si grand soing des brebis quil a en garde. Cest le bon & pitoyable frere Joseph qui en sa gloire na point eu honte de recongnoistre ses freres quelque humbles & abjectz quilz feussent. Cest le grand sacrificateur & evesque Melchi-zedek ayant faict sacrifice eternel une fois pour toutes. Cest le souverain legislateur Moseh escrivant sa loy es tables de noz coeurs par son esperit. Cest le fidele capitaine & guide Jehosua pour nous conduire en la terre promise. Cest le noble & victorieux Roy David assubjectissant a sa main toute puissance rebelle. Cest le magnificque & triumphant Roy Salomoh, gouvernant son regne en paix & prosperite. Cest le fort & vertueux Samson qui par sa mort a acable tous ses ennemys. Et mesme tout ce qui se pourroit penser ou desirer de bien est trouve en ce seul Jesus Christ. Car il sest humilie pour nous exalter, il sest asservy pour nous affranchir, il sest apaovry pour nous enrichir, il a este vendu pour nous racheter, captif pour nous delivrer, condanne pour nous absouldre, il a este faict malediction pour nostre benediction, oblation de peche pour nostre justice, il a este desfigure pour nous figurer, il est mort pour nostre vie. Tellement que par luy rudesse est adoulcie, courroux appaise, tenebres esclaircies, injustice justifiee, foiblesse vertueuse, desconfort console, peche empesche, mespris mesprise, crainte asseuree, debte quictee, labeur allege, tristesse resjouye, malheur bienheure, difficulte facile, desordre ordonne, division unie, ignominie anoblie, rebellion assubjectie, menace menacee, embusches desbuchees, assaulx assaillis, effort efforce, combat combatu, guerre guerroyee, vengeance vengee, torment tormente, dannation dannee, abysme abysme, enfer enferre, mort morte, mortalite immortelle. Bref misericorde a englouty toute misere, & bonte toute malheurete. Car toutes ces choses qui soloieut estre armes du diable pour nous combatre & aguillon de la mort pour nous poindre; nous sont tournez en exercice desquelz nous pouons faire nostre profit. Si que nous nous pouons glorifier avec Lapostre; disans : O enfer ou est ta victoire ? o mort ou est ton aguillon ? Dont est faict que par ung tel esperit de Christ promis a ses esleuz, ne vivons plus, mais Christ en nous, & sommes par esprit assis entre les celestes, entant que le monde ne nous est plus monde, touteffois que conversions en iceluy, mais estant contens en tout; soit pays, lieux, conditions, abillemens, viandes, & telles autres choses. Et sommes confortez en tribulation, joyeulx en tristesses, glorieux en vitupete, abondans en paovrete, eschauffez en nudite, patiens en maulx, vivans en mort. Voyla toute la sapience que peuvent les hommes comprendre, & doivent apprendre en ceste vie, a laquelle ne Ange, ne homme, ne mort, ne vivant, ne peult adjouster ne diminuer. Pourtant cest le but ou il nous fault arrester & simiter nostre entendement, sans rien y mesler du nostre, ne recevoir doctrine quelconque qui y soit adjoustee. Car celuy qui ose entreprendre de enseigner une sillabe oultre, ou par dessus ce qui nous y est enseigne, doibt estre en malediction devant Dieu & son Eglise. Et vous Roys, princes, & seigneurs chrestiens, qui estes ordonnez de Dieu pour punir les iniques, & entretenir les bons en paix selon la parolle de Dieu, a vous appartient de faire publier, enseigner, & entendre par tous voz pays, regions, & seigneuries, ceste saincte doctrine tant utile & necessaire, affin que par vous Dieu soit magnifie, & son Evangile exalte, come de bon droict il appartient que tous Roys & royaumes en toute humilite obeissent & servent a sa gloire. O vous tous qui vous nommez evesques & pasteurs du paovre peuple, voyez que les brebis de Jesus Christ ne soyent privees de leur propre pasture. Et quil ne soit prohibe ne deffendu, quun chascun chrestien ne puisse librement en son propre langaige lire, traitter, & entendre ce sainct Evangile, veu que Dieu le veult, Jesus Christ le commande. Et pour ce faire a envoye ses apostres & serviteurs par luniversel monde, leur donnant grace de parler toutes langues : affin que en tous langaiges ilz preschassent a toute creature. Et les a faictz debteurs aux Grecz, & barbares : aux saiges, & simples : affin que nulz ne fussent excluz de leur doctrine. Certes si vous estes vrayement vicaires, successeurs & imitateurs diceulx : vostre office est de faire comme eulx, veillans sus le troppeau, cerchans tous moyens quil est possible, quun chascun soit instruict en la foy de Jesus Christ, par la pure parolle de Dieu. Ou autrement la sentence est desja prononcee & enregistree, que Dieu demandera leurs ames de voz mains. Le Seigneur des lumieres par son sainct esperit vueille de ce sainct & salutaire Evangile enseigner les ignorans, fortifier les foibles, illuminer les aveugles, & faire regner sa verite en tous peuples & nations, affin que le monde universel ne congnoisse quun Dieu & ung seul saulveur Jesus Christ : une foy, & ung Evangile. Ainsi soit il.

¶Repentez vous, & croyez a Levangile. Marc. I.